Historique....
Pour les hôtes du Mesnil St Martin, la musique est un merveilleux moyen d'élévation et de communication spirituelle, comme peuvent l'être la prière, la méditation, ou tout autre technique de réalisation... C'est donc aussi un langage universel à partager, une communion entre les êtres sensibles à la beauté des sons et réceptifs à ce que ces sons véhiculent.Au Mesnil, les soirées musicales, qui ont lieu pendant toute l'année, sont privées, réservées aux membres de l'association Les Amis du Mesnil St Martin et à ses sympathisants. On ne peut y venir que sur invitation, car c'est une résidence privée.

Cependant, tous ceux qui veulent partager le plaisir de la musique, dans l'esprit avec lequel elle se pratique au Mesnil, sont bienvenus à adhérer à l'association et devenir des Amis du Mesnil St Martin. Dans ce lieu où l'on veut que l'art et la beauté deviennent un culte, les soirées sont une offrande musicale. On y reçoit, entre amis, d'autres amis musiciens, de très grand talent, pour y partager dans la plus profonde communion et la plus joyeuse convivialité, un moment de beauté et d'émotion. Les artistes offrent bénévolement leur talent et leur travail, les hôtes du Prieuré offrent leur résidence, ainsi que le bureau de l'association leur temps, pour l'organisation de ces soirées, et les auditeurs offrent leur présence, leur qualité d'écoute, et leur participation modeste à une partie des frais (de 10€ pour les adhérents et de 16€ pour les invités). Point n'est besoin d'une tenue spéciale, d'une connaissance particulière, d'un statut social pour venir vivre cette expérience musicale au Prieuré. Ce n'est pas un hasard si les soirées musicales ont lieu dans ce qui a été, jusqu'il y a peu, une chapelle; ce n'est pas l'extérieur qui s'y cultive, mais l'intérieur, dans l'esprit d'une action de grâce constante pour tant de beauté, d'harmonie et de bonté dans la musique, dans les êtres qui la créent ou la recréent, la vivent et la partagent...
Je crois à l'utopie
non pas à celle où l'on s'évade
mais à celle où l'on se projette
avec une volonté de fer

Emmanuel Mounier



Très ancienne ferme (certaines parties datent du XIII° et du XVIII°), le Mesnil Saint Martin est situé au bord de l'un des chemins du pèlerinage de Compostelle, sur la commune de Montaut, entre Bergerac et Villeneuve-sur-Lot et à la limite des départements du Lot-et-Garonne et de la Dordogne.
Une communauté religieuse y est fondée en 1980 et restaure les bâtiments.
Les moines y habitant appartenaient à l'ordre de Prémontré et étaient ratachés à l'Abbaye de Saint-Michel de Frigolet en Provence. Leurs services religieux se faisaient encore en latin et s'accompagnaient d'une pratique intense du chant grégorien. Ils ont même édité pendant plusieurs années une revue spécialisée sur le chant grégorien, "Gregoriana", qui fut très appréciée dans plusieurs pays.
A la suite de dissenssions avec les prètres voisins et l'évéchée d'Agen, et malgré le soutien d'une importante partie des fidèles locaux, la communauté religieuse fut dissoute et chacun de ses membres affecté à d'autres abbayes et monastères, à l'exception du Frère Philippe, son fondateur, auparavant juriste renommé à Paris, actuellement professeur de droit à la faculté de Toulouse. Le Prieuré fut mis en vente.
Ce fut alors, en Juillet 1991, qu'Emmanuel Ferrer-Laloë en découvrit une photo dans la vitrine d'une agence immobilière à Bordeaux. Cette découverte allait précipiter la réalisation de projets révés depuis des années.

Pianiste-concertiste et pédagogue ayant résidé plus de vingt ans en Espagne, Emmanuel Ferrer-Laloë s'associe avec son ami Bernard Sengler, cadre navigant aérien, mélomane et passionné d'art lyrique, pour joindre leurs efforts et leurs "utopies" et faire du Prieuré du Mesnil Saint Martin le lieu de réalisation de leurs projets.

C'est un lieu qui offre des conditions idéales pour les manifestations culturelles, artistiques et spirituelles, dans le calme et la beauté, mais aussi dans la simplicité et la modestie.

Le Mesnil accueille leur installation avec un terrible orage le 26 Mai 1992.

Projet lancé par l'organisation du premier concert de musique de chambre qui eut lieu à la chapelle du Prieuré le 29 Novembre 1992, l'association "Les Amis du Mesnil Saint Martin" fait enregistrer ses statuts à la Préfecture d'Agen le 20 Janvier 1993.

Tout a été inspiré par la découverte de "l'Offrande Musicale", au "Prédicant" du Vieux Rompon, là-haut en Ardèche. C'est l'oeuvre créée par Jeanne Bovet, pianiste et professeur au Conservatoire de Berne (Suisse), et par Raphaëlle Lépine, assistante sociale.
En ce lieu d'un bout du monde, comme à un pèlerinage, les mélomanes viennent depuis quatre décennies à la rencontre des artistes pour y retrouver "l'Esprit", celui que véhicule la musique. Surtout lorsqu'elle est vécue comme à la chapelle du Vieux Rompon.
Emmanuel Ferrer-Laloë y avait fait ses débuts de jeune pianiste et, conquis par l'authenticité de l'ambiance, y était retourné. Pour y jouer, pour y rêver. Pour rêver à ce que serait un jour sa propre "offrande musicale", sous d'autres cieux.
Il rêva donc de disposer d'un lieu dans la nature, fait de vieilles pierres et de poutres anciennes, qui permettrait la rencontre d'artistes, musiciens, peintres, sculpteurs, écrivains, et autres passionnés d'art et d'esprit, et deviendrait un lieu de rayonnement culturel, aussi modestes en soient ses proportions.
Les années passèrent, avec leur lot d'aventures et d'expériences, dans un métier qui lui fit traverser les mers et les continents.
Et l'air: c'est au cours d'un vol qu'il rencontre un autre rêveur.
Le rêve de Bernard Sengler, navigant professionnel, était, après celui de voler, celui de chanter. Et celui de gérer l'intendance d'une ferme, avec animaux et potager, en contact permanent avec la nature et la vie campagnarde.
Pourquoi donc ne pas tâcher de joindre tous ces rêves en un projet commun ?

Les idées se sont échangées pendant plusieurs années; les projets se sont échafaudés au cours de nombreux voyages. Le Prieuré du Mesnil Saint Martin représente leur réalisation concrète.
Pendant dix ans, Bernard et Emmanuel animent ces lieux avec l'aide de leurs amis artistes qu'ils reçoivent et pour lesquels ils organisent les Soirées Musicales du Mesnil. Ils y travaillent et continuent de transformer et de restaurer les bâtiments pour les faire chaque fois plus accueillants jusqu'en 1999.
Entre-temps, rien n'étant définitif en ce monde, les rapports des deux associés se sont transformés. Ils ont fini par aboutir à une séparation, Bernard Sengler décidant de retourner à son ancienne activité professionnelle de navigant.
Grâce au soutien moral et technique de l'équipe directive de l'association "Les Amis du Mesnil Saint Martin", et malgré quelques années difficiles, les activités culturelles et pédagogiques du Mesnil ont pourtant continué avec ardeur.

Faisant appel à tous ses amis musiciens professionnels qui, pour la plupart, font une brillante carrière internationale, Emmanuel Ferrer-Laloë les invite, depuis son installation au Mesnil, à animer ce lieu par le don généreux de leur talent. Sa propre carrière lui fait rencontrer depuis des années des instrumentistes et chanteurs de nombreux pays; certains d'entre eux sont aussi ses partenaires en concert. C'est la raison pour laquelle, heureux de trouver un tel lieu où exprimer leur joies musicales, ces concertistes accourent bénévolement et font rayonner ces vieilles pierres d'un art de la plus grande qualité et qui s'y exprime au plus haut niveau.

Ainsi, grâce à la réponse spontanée et enthousiaste des mélomanes habitant la région et devenus membres ou sympathisants de l'association, et grâce au soutien de leur cotisation qui permet la bonne marche administrative et l'organisation des manifestations, plus de deux cents "Soirées Musicales" ont eu lieu dans les dix premières années de fonctionnement.
Certaines se sont vues enrichies de conférences sur des thèmes divers et données par de prestigieuses personnalités, tels l'ex-ambassadeur de France Mr. Pierre Rocalve, et Mr. Jacques d'Arès, écrivain et historien des religions, tous deux amis de longue date des propriétaires, et membres du comité d'honneur de l'association.

Des collaborations ont été établies également avec la Maison du Tourisme de Villeréal pour l'organisation de quelques concerts, ainsi qu'avec le Centre Culturel de Carbonnier (mairie de Castillonnès), animé alors par Corinne Ducouret, pour les très belles expositions d'amis peintres de grande renommée qu' Emmanuel Ferrer-Laloë avait fait venir d'Espagne.

Des échanges importants ce sont établis entre ce "coin" du Lot-et-Garonne et l'Espagne, puisque E. Ferrer-Laloë s'attache à y faire connaître la musique espagnole autant folklorique que classique. Chaque année autour du 12 Octobre, le jour de l'Hispanité y est fêtée, avec la collaboration de l'association villeneuvoise "La Tertulia": conférence, repas de gastronomie ibérique, folklore et concert remplissent cette journée. Des artistes espagnols et hispano-américains y participent.
Ces échanges sont le pendant de la présence musicale française au Festival de Los Molinos (Sierra madrilène) dont E. Ferrer-Laloë est le fondateur et fut le directeur artistique jusqu'en 1994, et auquel il invitait des artistes français.

Mais les échanges musicaux s'enrichissent également avec la présence d'un nombre important d'artistes anglais dans la programmation du Mesnil. Avec ceux provenant d'Allemagne, de Hollande, d'Italie, de Lituanie, de Suisse, de Pologne, de Roumanie et de la République Tchèque, c'est l'Europe musicale qui est présente au Mesnil.
Depuis le début des activités des "Amis du Mesnil Saint Martin", plus de huit cents musiciens se sont produits au Mesnil: 28 pianistes, 10 violonistes, 3 altistes, 9 violoncellistes, 5 flûtistes, 1 clarinettiste, 2 harpistes, 3 guitaristes, 3 sopranos, 1 alto, 2 contre-ténors, 2 chorales, 1 organiste, 1 comédienne; ils provenaient non seulement d'Europe mais aussi de pays aussi variés que l'Argentine, le Brésil, le Canada, le Liban, la Russie, le Sri-Lanka, et le Sénégal.
Ils y ont interprété des œuvres de Albéniz, Bach, B. Parmi les plus grandes satisfactions de ses promoteurs, il y a d'une part celle de faire connaître la "bonne musique" (que l'on appelle à tort "sérieuse" ou "classique") en pleine campagne, et ceci tout au long de l'année, et d'autre part, constater qu'une bonne partie des assistants aux soirées musicales sont, de leur propre aveu, des personnes qui n'avaient jamais assisté à un concert auparavant et, malgré leur connaissances musicales limitées pour le moment.
Aujourd'hui, les perspectives d'un renouveau sont en marche, modeste symbole des nombreuses petites initiatives qui participeront sans doute à la regénérescence d'un monde souffrant. Plus que jamais, le besoin de retrouver et de vivre de vraies valeurs se fait sentir: l'Art, l'Amitié, le Partage.

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